L’Azuréen césarisé Jean-Gabriel Périot rend hommage à une révolutionnaire méconnue dans un documentaire qui l’a emmené au Festival de Cannes
La courte vie de Michèle Firk a tout d’un roman. Elle voulait être cinéaste, elle est devenue journaliste, tout en rejoignant différents fronts de guérillas à travers le monde, avant de se suicider à 31 ans. Au dernier Festival de Cannes, le réalisateur Jean-Gabriel Périot a présenté Une vie manifeste, un documentaire qu’il lui dédie.
Réalisateur de Retour à Reims [Fragments], couronné du César du meilleur film documentaire en 2023, Jean-Gabriel Périot a grandi à Antibes. Aujourd’hui basé à Nice, même s’il est souvent amené à travailler à Paris, il a dévoilé Une vie manifeste au dernier Festival de Cannes, dans la section Cannes Classics. Son sujet ? Une quasi-inconnue, au destin hors-norme. Journaliste, critique de cinéma chez Positif, militante anticolonialiste française, Michèle Firk s’est donné la mort à 31 ans, pour ne pas être arrêtée par la police guatémaltèque. Auparavant, elle avait posé ses valises à Cuba et participé aux actions clandestines du FLN.
Et puis il y avait le cinéma, cette passion dévorante, cette envie d’une carrière de cinéaste, inassouvie. « Elle a toujours voulu faire des films. Mais le fait que ce soit une femme, jeune, qui n’avait pas la bonne condition sociale, l’en a empêchée. On ne sait pas si elle aurait pu y parvenir si elle avait vécu plus longtemps. Pour moi, montrer un film sur elle, dans le plus grand festival de cinéma, ça a forcément du sens », avance Jean-Gabriel Périot.
De Michèle Firk, il reste peu de choses. Des photos, des journaux intimes, quelques archives audio où elle livre ses positions sur des films. Quelques bribes de vidéos où on l’aperçoit. Un café-librairie du côté de Montreuil, aussi.
On demande à Jean-Gabriel Périot comment il a découvert son existence. « Quand j’ai fait Retour à Reims, je lisais beaucoup et j’ai retrouvé son nom dans des livres plusieurs fois. C’était très court, mais l’air de rien, il revenait souvent. Je savais que Godard, l’aimait beaucoup, j’avais quelques indices. Plus je découvrais des choses, plus je me disais que le destin de cette femme était sidérant. Le désir d’un film commence au moment où, d’un coup, on se rend compte qu’il y a quelque chose qui mérite d’être travaillé. »
Pour recomposer son portrait, Périot emploie deux voix off, assurées par l’actrice Nadia Tereszkiewicz et la réalisatrice Alice Diop. La première « incarne » Michèle Firk, tandis que la seconde la « tutoie » et apporte des éléments de contexte nécessaires pour comprendre certaines zones d’ombre de sa trajectoire.
Jimmy Boursicot
Nice Matin
6 juin 2026
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